Indonésie: jugé pour corruption, un ex-champion de la tech et ministre risque la prison
Nadiem Makarim, un richissime homme d'affaires indonésien co-fondateur de Gojek et ex-ministre de l'Education, doit connaître mardi le verdict d'un tribunal de Jakarta où il est jugé pour corruption.
Une peine de 18 ans de prison et une très lourde amende ont été requises à l'encontre de cet homme de 41 ans, diplômé de Harvard et autrefois considéré comme une figure emblématique de la scène indonésienne des start-ups technologiques après avoir cofondé l'application de taxi et de livraison de courses Gojek.
Ministre de l'Éducation de 2021 à 2024, ce fils d'avocat né à Singapour de parents indonésiens est accusé de corruption liée à l'acquisition d'ordinateurs portables Chromebook pour les écoles durant la pandémie de Covid. Cette affaire a coûté environ 120 millions de dollars à l'Etat.
La décision de choisir des Chromebooks, qui utilisent ChromeOS, le système d'exploitation de Google, serait liée, selon l'accusation, à l'investissement du géant technologique américain dans Gojek.
Nadiem Makarim a nié durant le procès avoir commis tout acte répréhensible et a qualifié les poursuites engagées contre lui d'"enquête erronée", ajoutant que l'acquisition de Chromebooks avait permis à l'État de réaliser d'importantes économies.
"Des experts et des témoins ont déclaré: il n'y a eu ni perte pour l'État, ni violation de la loi, ni enrichissement personnel ou au profit d'autrui ou d'entreprises, ou intention malveillante", a-t-il affirmé pour sa défense.
- Ministre de Joko Widodo -
L'homme d'affaires a déclaré avoir accepté l'offre du président indonésien de l'époque, Joko Widodo, de devenir ministre de l'Education, en partie pour encourager les professionnels indonésiens à rejoindre la fonction publique, tout en ajoutant que cette affaire pourrait avoir l'effet inverse.
"Les jeunes professionnels craignent d'être les prochaines victimes", a-t-il mis en garde.
Google n'a pas été mis en cause dans cette affaire et l'entreprise a nié toute irrégularité. Le groupe GoTo, créé en 2021 à la suite de la fusion entre Gojek et la plateforme de commerce en ligne Tokopedia, a déclaré que Nadiem Makarim n'avait exercé aucune fonction décisionnelle après sa démission en 2019.
Ce père de quatre enfants a cofondé Gojek en 2010, en commençant par un centre d'appels mobilisant une vingtaine de conducteurs de moto-taxis à Jakarta. Le nom de l'entreprise s'inspire des "ojeks", ces moto-taxis omniprésents dans la capitale indonésienne.
Les services de l'entreprise se sont étendus au-delà de la réservation de courses pour inclure notamment la livraison de repas, avec quelque 3,1 millions de chauffeurs inscrits en 2023.
Le père de M. Nadiem était un avocat en vue qui a siégé au comité d'éthique de l'agence nationale de lutte contre la corruption. Son grand-père maternel, Hamid Algadri, diplomate, était une figure de la lutte pour l'indépendance de l'Indonésie.
Lorsqu'il occupait le poste de ministre de l'Éducation, Nadiem Makarim a mis en place des mesures interdisant notamment aux écoles d'imposer aux filles le port du hijab et a introduit un programme scolaire offrant aux enseignants une plus grande flexibilité pour adapter leurs méthodes d'enseignement.
P.Rossi--IM