La Thaïlande accuse le Cambodge de "jouer les victimes" devant la médiation internationale
La Thaïlande a accusé mardi le Cambodge de "jouer les victimes" dans le différend qui les oppose sur les ressources maritimes et porté devant des médiateurs internationaux, un an après des affrontements meurtriers liés à leur frontière terrestre.
Le Cambodge, qui a saisi la Cour permanente d'arbitrage (CPA) à Singapour, a déclaré espérer que les audiences permettraient de parvenir à une solution pacifique pour les deux voisins d'Asie du sud-est.
Bangkok et Phnom Penh s'opposent depuis des décennies sur la démarcation de leur frontière terrestre de 800 kilomètres, héritage de l'époque coloniale française, mais aussi sur leurs territoires maritimes.
En mai 2026, la Thaïlande s'est unilatéralement retirée d'un accord-cadre bilatéral visant à résoudre les revendications conflictuelles sur les frontières maritimes, tout en niant tout lien avec leur différend terrestre.
Le Cambodge a ensuite engagé un processus de conciliation soutenu par l'ONU devant la CPA, indiquant qu'il espérait renouer avec des négociations constructives.
En présentant la position de Bangkok devant un panel de cinq experts juridiques internationaux, le ministre des Affaires étrangères Sihasak Phuangketkeow a accusé le Cambodge de chercher à "diffamer la Thaïlande par des récits mensongers, la déformation des faits et des accusations infondées, y compris dans des forums internationaux" et de "jouer le rôle d'une victime avec un sentiment de supériorité morale".
Les tensions concernant leur frontière terrestre ont dégénéré à deux reprises en conflit armé l'an dernier, en juillet et en décembre, faisant des dizaines de morts de part et d'autre et poussant plus d'un million de personnes à fuir les combats.
La Thaïlande a expliqué s'être retirée de l'accord-cadre, appelé "MoU 44" (Memorandum of understanding, 44 pour l'année 2544 du calendrier bouddhique qui correspond à l'année 2001 du calendrier grégorien), parce qu'"aucun progrès n'avait été réalisé" dans sa mise en œuvre.
Le Premier ministre Anutin Charnvirakul a nié tout lien entre cette décision et les combats. Ce projet d'accord de 2001 couvre un territoire maritime riche en ressources d'environ 27.000 km² que revendiquent le Cambodge comme la Thaïlande.
- "Rétablir la confiance" -
Le ministère thaïlandais de l'Energie a estimé à 256 milliards d'euros les futures recettes provenant du pétrole et du gaz naturel dans ces zones disputées.
En juin, le Premier ministre du Cambodge, Hun Manet, avait souligné que la procédure de conciliation visait à "protéger la souveraineté et les droits maritimes du Cambodge conformément au droit international".
Le ministre des Affaires étrangères Prak Sokhonn a assuré mardi devant le panel de la CPA que Phnom Penh considérait "cette procédure de conciliation comme un moyen de rétablir la confiance, et non comme une forme d'escalade".
Il affirme que "l'objectif primordial du Cambodge est de parvenir à une solution qui serve les populations des deux nations" et de s'entendre avec la Thaïlande sur "une seule frontière maritime", ou au moins de convenir de développer conjointement et de partager équitablement les ressources jusqu'à ce qu'une frontière soit tracée.
"Le Cambodge espère sincèrement que la Thaïlande participera de manière constructive à ce processus", a-t-il ajouté.
De son côté le ministre des Affaires étrangères thaïlandais Sihasak Phuangketkeow a affirmé que son pays cherchait lui aussi à délimiter les frontières maritimes et à rétablir la confiance. "La Thaïlande est prête à participer de manière constructive à ce processus", a-t-il assuré.
Créée en 1899, la CPA est le plus ancien organisme intergouvernemental de règlement des différends au monde et résout des contentieux entre États et parties privées en se référant à des contrats, des accords spéciaux et divers traités, comme la Convention des Nations unies sur le droit de la mer.
Le bureau de la CPA à Singapour est la première représentation en Asie de cette cour basée à La Haye. Ses recommandations ne sont pas contraignantes et devraient être rendues dans environ un an.
M.Fierro--IM