"Fichez-moi la paix!": à son procès, journée de tensions entre Dati et les parties civiles
À son procès à Paris pour corruption, l'interrogatoire de Rachida Dati s'est achevé jeudi dans une atmosphère électrique avec les questions des parties civiles à l'ex-ministre, qui nie avoir illégalement fait du lobbying pour Renault-Nissan au Parlement européen entre 2009 et 2013.
Pour ce quatrième jour d'interrogatoire à la barre, qui était initialement prévu pour n'en durer qu'un seul, Rachida Dati a essuyé toute une matinée de questions de parties civiles offensives - dont ses avocats contestent la présence -, le constructeur Renault et des associations de lutte contre la corruption.
Les avocats de Renault, Mes Philippe Goossens et Kami Haeri, ouvrent le bal. Il ne faut pas plus de quelques minutes pour que les échanges tournent au vinaigre.
"C'est marrant, il n'y a que vous qui êtes compétent et le reste du monde ne sait rien", grince entre ses dents Rachida Dati, interrogée sur ses connaissances juridiques internationales qui lui ont valu une convention d'honoraires à 300.000 euros par an de Renault-Nissan.
"Vous voulez réduire mon travail d'avocate à de la conversation, on prend un thé, on est en cravate... Je ne m'énerve pas, je dis les choses. Hier on m'a posé la question: est-ce qu'elle sait lire un contrat, est-ce qu'elle est vraiment avocate ? Je sais lire et écrire", rétorque l'ex-ministre de la Culture, de plus en plus agacée.
Placide envers et contre tout, la présidente Claire Saas intervient, plaide pour des échanges dans un climat "serein et courtois". Peine perdue: quelques minutes plus tard, la juge se résout à ordonner une suspension d'audience pour que "tout le monde retrouve son calme".
Mais à la reprise des hostilités vingt minutes plus tard, le calme tant espéré par la présidente n'est pas de mise.
Cuisinée par Me Haeri sur le détail des sanctions onusiennes contre l'Iran à l'époque, sujet sur lequel Rachida Dati soutient avoir travaillé comme avocate pour Renault-Nissan, l'ex-garde des Sceaux s'énerve de son "ton doucereux" et y voit un "règlement de compte".
- "Totalement béotien" -
Changeant de pied, elle va soudain sur le terrain personnel et reproche à l'avocat de Renault d'avoir écrit des "tweets sexistes" à son encontre entre 2010 et 2013 - "il a fallu que j'intervienne auprès de votre patron pour que ça cesse" - et se dit prête à les communiquer aux juges.
"On a un dossier suffisamment volumineux, à ce stade on peut s'en passer", soupire Claire Saas.
Le parquet national financier (PNF) accuse Rachida Dati d'avoir noué un pacte de corruption et illégalement fait du lobbying au Parlement européen, dont elle était élue, pour le compte de Renault-Nissan entre octobre 2009 et février 2013.
L'élue parisienne de 60 ans soutient n'avoir fait qu'un travail d'avocate, légalement compatible avec son mandat électoral, pour l'ex-PDG de Renault Carlos Ghosn - aujourd'hui réfugié au Liban et jugé en son absence.
Quand vient son tour de parole, l'avocate de Transparency International France, Me Clémence Witt, exhume de vieux articles de presse et soulève des interrogations sur le parcours professionnel et les diplômes de la prévenue.
C'en est trop pour Rachida Dati. Droite comme un I à la barre, le corps ne bouge pas d'un pouce mais la voix se fait cinglante.
"Madame, je n'ai pas eu votre vie. À 14 ans, j'ai commencé à travailler. Ensuite il y a eu beaucoup de moments extrêmement violents. Je n'ai pas de lecture sociologique de mon parcours, fichez-moi la paix !" s'emporte-t-elle.
Les questions suivantes viennent mourir contre un mur.
"J'ai déjà répondu", réplique à chaque fois Rachida Dati, qui ne sort de sa réserve que pour qualifier certains propos de "totalement béotiens" ou de "jugements de valeur", sans un regard pour sa contradictrice.
Le procès se poursuit jeudi avec les plaidoiries des parties civiles, avant le réquisitoire et les plaidoiries de la défense attendus lundi.
E.Mancini--IM