Il Messaggiere - "Du jamais vu" : dans le centre de Paris, des scènes de pillage hors de contrôle

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"Du jamais vu" : dans le centre de Paris, des scènes de pillage hors de contrôle
"Du jamais vu" : dans le centre de Paris, des scènes de pillage hors de contrôle / Photo: Guillaume Saligot - AFP

"Du jamais vu" : dans le centre de Paris, des scènes de pillage hors de contrôle

Des cigarettes, des lunettes de soleil, des vêtements, des bijoux et des bonbons: dans le 11e arrondissement de Paris, des magasins ont été pillés samedi soir les uns après les autres une fois la manifestation contre la vie chère terminée, sans que les auteurs ne soient inquiétés.

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Dans les rues étroites et branchées entre les places de la République et de la Bastille, la même tactique se reproduit: un petit groupe de jeunes, habillés en noir et souvent cagoulés ou masqués, s'attaque à un rideau métallique, qui finit par céder.

Puis ceux qui sont restés en retrait s'engouffrent eux aussi dans le commerce et en ressortent avec un butin plus ou moins conséquent.

Dans les petits commerces, on cherche la caisse, qu'on fracasse ensuite par terre, parfois pour découvrir qu'elle est vide.

"Venez on va au Marionnaud!", lance l'un, visage masqué, à la foule, qui le suit en courant vers le boulevard. La foule se rue dans telle ou telle venelle, sans réelle logique sinon celle de casser et de piller.

La plupart sont des hommes, quelques filles observent et prennent des vêtements par-ci par-là. Tous sont jeunes.

Les restaurants, hôtels et immeubles résidentiels sont en très grande majorité épargnés, donnant lieu à des scènes surréalistes où des familles et des amis dînent en toute normalité, alors que des dizaines de jeunes courent dans tous les sens dehors.

Ainsi dans le hall d'un hôtel, des clients apeurés voient arriver à la porte un groupe de jeunes masqués, qui insistent auprès du réceptionniste, accouru à l'entrée, pour leur parler. Ils finissent par leur donner une bouteille de vin, tout juste pillée, avant de repartir.

- "Révolte" -

Les riverains eux, sont à la fenêtre.

"Quel triste spectacle", juge rue Oberkampf l'un d'eux, Jules, 29 ans, fonctionnaire.

"Ils doivent avoir des colères profondes, c'est une partie de la société qui ne se sent pas intégrée", dit-il à l'AFP, de sa fenêtre.

"On a le droit de manifester pour nos droits mais ils desservent leurs propres objectifs", estime-t-il. "Regardez l'état de la rue".

Les détritus jonchent la chaussée, recouverte de débris de verre et de vélos calcinés. Plus haut, aux abords de la place de la République, certaines carcasses de voiture sont encore fumantes.

On met le feu à des poubelles et les pompiers interviennent pour les éteindre une par une.

Les forces de l'ordre sont elles totalement absentes du quartier, après y avoir affronté des manifestants plus tôt dans la journée.

"Des rues entières ont été méthodiquement ravagées", a déploré le maire de la capitale, Emmanuel Grégoire, en tenant à faire "la différence entre le mouvement social" et "des casseurs" pour lesquels il n'a "aucune indulgence".

Installées en terrasse boulevard Voltaire, deux enseignantes en art disent, elles, "comprendre cette révolte".

Elles ont manifesté dans l'après-midi, voulaient s'approcher de l'Elysée, "lieu de pouvoir", en vain.

"Je peux comprendre qu'on s'offusque mais moi j'accepte la violence matérielle, tant qu'on ne touche pas à l'intégrité physique", déclare Alma (prénom d'emprunt), 38 ans.

De fait, les pilleurs, s'ils fracassent les vitrines, ne s'en prennent pas aux passants, ni aux voitures qui circulent sur les grands axes du quartier.

Mais, en voyant passer des jeunes avec des sacs pleins à craquer, Alma admet n'avoir "jamais vu ça de (sa) vie".

E.Colombo--IM