Nigeria/présidentielle: Peter Obi, l'opposant qui promet une lutte anti-corruption
Le Nigeria doit lutter contre la crise du coût de la vie, en s'attaquant notamment à la gabegie des finances publiques, a affirmé lors d'un entretien exclusif à l'AFP Peter Obi, candidat d'opposition à la présidentielle de janvier dans le pays le plus peuplé d'Afrique.
M. Obi, 65 ans, ancien gouverneur du sud-est du Nigeria, premier producteur de pétrole du continent, s'est entretenu avec l'AFP mardi soir à Abuja, alors que la campagne électorale bat son plein pour une élection où deux sujets prédominent: l'économie et l'insécurité.
"Nous devons réduire le coût de la gouvernance" et "lutter contre la corruption", a affirmé le candidat du Congrès démocratique nigérian (NDC, opposition), afin de dégager des moyens pour se concentrer sur "la santé, l'éducation et la lutte contre la pauvreté".
"Il faut unir le pays, assurer sa sécurité, puis consacrer ses ressources à ces domaines essentiels. Et vous verrez la différence", a-t-il asséné depuis un hôtel hautement sécurisé de la capitale.
- Violence et pauvreté -
Peter Obi, arrivé en troisième position du scrutin présidentiel de 2023 avec 25% des voix, axe une grande partie de sa campagne sur l'insécurité, qu'il estime liée à la pauvreté.
"Plus on sort les gens de la pauvreté, plus on réduit la criminalité", a-t-il déclaré à l'AFP, appelant à une augmentation des emplois dans le secteur manufacturier qui s'est écroulé ces trente dernières années.
Le pays est confronté à des difficultés économiques, avec 63% des Nigérians qui vivent en dessous du seuil de pauvreté, selon le FMI, et une inflation importante, ainsi qu'à une multitude de menaces sécuritaires liées aux jihadistes, à des gangs armés, à des groupes séparatistes et à des conflits communautaires entre agriculteurs et éleveurs pour le contrôle des terres.
Ces problèmes sont antérieurs au président Bola Tinubu, 74 ans, qui brigue un nouveau mandat, mais ils se sont aggravés depuis son arrivée au pouvoir.
Même si les investisseurs et les économistes ont salué ses réformes économiques, la population a subi une flambée massive des prix depuis que le gouvernement a supprimé une subvention coûteuse sur les carburants qui maintenait artificiellement bas les prix de l'essence.
Le président Tinubu n'a cessé d'expliquer que ces réformes avaient permis d'éviter une crise encore plus grave, le coût de cette subvention étant devenu insoutenable pour les finances publiques.
Atiku Abubakar, 79 ans, l'autre principal candidat de l'opposition, a récemment appelé à rétablir cette subvention.
Pour Peter Obi, la lutte contre la corruption dans le secteur pétrolier pourrait faire baisser les prix sans qu'il soit nécessaire de réinstaurer la subvention.
Il s'est toutefois rangé à l'avis de M. Tinubu sur un point : la création d'une police dans chaque Etat, une réforme de grande envergure proposée par le gouvernement qui permettrait de décentraliser les forces de l'ordre dans un pays où la police fédérale peine à contenir les violences.
- Division des voix -
La présidentielle de 2027 au Nigeria rejouera en partie le scrutin de 2023, avec à nouveau en lice Bola Tinubu, Peter Obi et l'ancien vice-président Atiku Abubakar, certains craignant que ces deux derniers divisent les votes de l'opposition en faveur du président sortant.
Peter Obi a qualifié cet argument de "non-sens" et a déclaré que les Nigérians devraient pouvoir "décider lequel d'entre nous (les trois) est le mieux à même de servir le pays".
Le taux de participation n'ayant été que de 27% lors du dernier scrutin, il reste des dizaines de millions d'électeurs à mobiliser, a-t-il estimé.
Plus tôt dans la journée de mardi, son convoi avait été bloqué par des "voyous" sur la route dans une région instable de l'État de Benue alors qu'il rendait visite à des familles endeuillées après le massacre de leurs proche l'an dernier. Cela n'augure rien de bon pour des élections "libres, équitables et crédibles", a-t-il déploré.
Les élections nigérianes sont souvent entachées de violences, et les politiciens recrutent des voyous pour intimider leurs adversaires et les électeurs.
"Les gens ne se déplacent pas quand règnent la délinquance et les mauvais comportements", a conclu M. Obi.
L.Bernardi--IM