Nuñez menace CNews de "poursuites pénales" si Xenia Fedorova revient à l'antenne
La chaîne d'informations CNews s'exposera à des "poursuites pénales" si Xenia Fedorova, sous le coup d'une expulsion du territoire français, revient à l'antenne, a prévenu le ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez, une décision contestée par l'avocat de la chroniqueuse pro-Kremlin.
Dans un courrier adressé mercredi au président de l'Autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique (Arcom) Martin Ajdari, révélé jeudi par Le Monde et que l'AFP a consulté, Laurent Nuñez rappelle que Xenia Fedorova a fait l'objet fin juillet d'un arrêté d'expulsion au motif qu'en "manipulant l'information et le débat public, elle portait atteinte aux intérêts fondamentaux de la Nation et commettait (...) des actes d'ingérence au bénéfice de la Fédération de Russie".
Début septembre, la chaîne CNews, détenue par le groupe de Vincent Bolloré, avait annoncé un retour prochain à l'antenne de sa chroniqueuse, en "visio".
"J'espère que je peux intervenir à distance", malgré "tous les problèmes techniques", et "j'espère que ce sera toujours dans +l'Heure Inter+", émission diffusée deux fois par semaine sur CNews, avait déclaré Xenia Fedorova quelques jours plus tard dans une interview au média Omerta.
Âgée de 45 ans, elle est l'ex-patronne de la chaîne d'État russe RT en France, dont l'antenne a été interdite dans l'UE depuis mars 2022 et l'invasion de l'Ukraine par la Russie.
La Russe, qui résidait en France depuis près de dix ans, se trouvait, selon ses dires, à l'étranger lorsque le gouvernement a publié fin juillet l'arrêté d'expulsion la visant.
Dans son courrier en forme de "signalement", Laurent Nuñez rappelle que Xenia Fedorova fait également l'objet "d'une mesure de gels de ses fonds et ressources économiques".
Il fait valoir que le plein effet des mesures prises à l'encontre de la chroniqueuse impliquent "qu'elle soit privée de la possibilité de réitérer, sur le territoire national, les agissements constitutifs de troubles ayant fondé la décision, dès lors que ces agissements tiennent à la diffusion, sur le territoire national, de propos qui portent atteinte aux intérêts fondamentaux de la Nation".
Si la chroniqueuse continuait à bénéficier "d'un créneau d'antenne sur fréquence hertzienne et de moyens techniques de production", quand bien même elle ne serait pas rémunérée, cela constituerait un "contournement des mesures d'expulsion et de gels des fonds et ressources économiques", entraînant des "poursuites pénales", a affirmé Laurent Nuñez.
- "Contradiction" -
"Ces déclarations sont en contradiction directe avec la position soutenue par le ministère de l'Intérieur devant le tribunal administratif de Paris", en août, a réagi l'avocat de Xenia Fedorova, Emmanuel Piwnica, dans un communiqué transmis jeudi à l'AFP.
"Dans ses observations, le ministre indiquait que +les décisions litigieuses n'empêchent pas Mme Fedorova de poursuivre son activité professionnelle hors du territoire français+" et "précisait encore que +l'intéressée peut toujours continuer à s'exprimer dans les médias français+, notamment +à travers des interventions orales réalisées en duplex hors du territoire national+", a-t-il affirmé.
Pour Me Piwnica, Laurent Nuñez "doit donc préciser laquelle de ces deux positions est la sienne : celle soutenue devant le juge administratif, selon laquelle Mme Fedorova peut continuer à intervenir en duplex dans les médias français depuis l'étranger, ou celle exprimée aujourd'hui, selon laquelle une telle intervention serait susceptible d'exposer CNews à des poursuites pénales".
En août, le tribunal administratif a rejeté à deux reprises un référé contre l'expulsion de Xenia Fedorova, se prononçant pour l'instant uniquement sur l'urgence de la décision.
Son avocat Me Piwnica a indiqué à l'AFP avoir déposé des recours devant le Conseil d'Etat contre les décisions du tribunal administratif.
Mi-août, il avait indiqué que sa cliente avait été "licenciée", faute désormais de titre de séjour. Ses employeurs Canal+ et Lagardère n'avaient alors pas commenté cette information. Depuis son expulsion, elle a publié plusieurs tribunes dans l'hebdomadaire français JDNews. Il est tout à fait possible qu'elle continue à travailler pour les médias contrôlés par Bolloré sans en être salariée.
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O.Esposito--IM