Mouvement lycéen: plusieurs dizaines de milliers de manifestants en France, le cortège s'élance à Paris
Après des dizaines de milliers de manifestants en région, les lycéens ont à leur tour pris la rue mardi après-midi à Paris, rejoints par des parents, des profs, des étudiants et des syndicalistes, pour réclamer davantage de moyens pour l'éducation.
Les défilés, où se comptent de nombreux slogans dénonçant la répression policière, se déroulent sous haute surveillance des autorités, qui ne parviennent pas à répondre à la colère après déjà plusieurs jours de tensions et d'affrontements.
Pour cet acte III d'un mouvement qui a démarré mi-septembre à Créteil avant de s'étendre, le cortège parisien s'est élancé vers 14H30 depuis la place de République en direction de Nation.
Auparavant, quelque 86.000 manifestants ont été recensés dans plusieurs villes de France, selon le ministère de l'Intérieur. La CGT en a elle dénombré 260.000.
Au total, 891 lycées sur les 3.700 du pays ont vu leurs cours "être suspendus, soit totalement, soit partiellement, toutes causes confondues" mardi, a indiqué le ministère de l'Education.
Des organisations lycéennes et étudiante ont d'ores et déjà appelé mardi à poursuivre le mouvement de blocage des lycées.
- "Proportionnalité" -
Les lycéens dénoncent l'insalubrité de certains bâtiments, des classes et des emplois du temps surchargés, des professeurs non remplacés ou encore les inégalités liées à Parcoursup.
A Nantes, les manifestants, souvent adolescents, tenaient des pancartes proclamant "Jeunesse fâchée, pas facho" ou "Lancez des profs, pas des lacrymo".
Rachel Pellizzari, enseignante, qui accompagne dans le cortège à Lille ses enfants scolarisés au lycée et à l'université, dit avoir "peur" de la police qui doit être "là pour les protéger pas pour les canarder".
Les défilés se sont globalement déroulés sans incident majeur à ce stade, à l'exception de quelques tensions à Lyon, Nantes, Rennes et Toulouse où les forces de l'ordre ont répondu par du gaz lacrymogène à des jets de projectiles, des tirs de mortiers d'artifice et des feux de poubelles.
À Tours la semaine dernière, un lycéen de 16 ans avait perdu l'usage d'un œil lors d'un blocage, et lundi un adolescent de 15 ans a eu la main arrachée par une grenade à Lens.
Le ministre de l'Éducation Édouard Geffray a parlé de "drame" et annoncé le lancement, depuis lundi soir, d'une plateforme où les élèves pourront jusqu'au 23 octobre "dire leurs difficultés et leurs attentes".
La Commission nationale consultative des droits de l'homme (CNCDH) a exprimé mardi sa "vive inquiétude" sur le "recours disproportionné à la force".
Les interventions des forces de l'ordre depuis le début du mouvement lycéen s'effectuent dans "la plus grande proportionnalité", a de son côté affirmé le ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez.
- Renfort des étudiants -
Les Écologistes ont eux appelé élus et parents à manifester en blanc "pour aller protéger nos enfants dans les manifestations".
Les lycéens ont aussi reçu mardi le renfort des étudiants. Selon l'Union étudiante, "100% des facs", hors Outre-mer, étaient mobilisées.
La présidence d'Aix-Marseille Université, la plus importante de France avec ses 84.000 étudiants, et Sorbonne Université ont décidé de fermer leurs campus.
Les présidents d'universités ont appelé mardi à "des états généraux de la jeunesse", estimant qu'il est "urgent de reconnaître les jeunes" comme des "acteurs" du débat public.
À un peu plus de six mois de la présidentielle, élection qui verra certains des lycéens mobilisés voter pour la première fois, cette mobilisation s'étire dans un climat politique et social particulièrement tendu, sur fond de hausse des prix et de recherches de coupes budgétaires dont certaines concernent les jeunes, comme les aides au logement.
Les forces de l'ordre sont de nouveau fortement mobilisées pour ce nouvel épisode d'une mobilisation qui a fait plus de 700 blessés dans leurs rangs et près d'une centaine chez les personnels de l'éducation, selon les chiffres officiels.
Quelque 6.059 interpellations ont été effectuées depuis le 28 septembre et plus de 5.000 personnes, essentiellement des mineurs, ont été placées en garde à vue, selon l'Intérieur. Dix enquêtes ont été ouvertes par la police des polices depuis le début du mouvement, selon l'entourage de Laurent Nuñez.
N.Baggi--IM