Euronaval: drones et "flottes hybrides" au coeur du réarmement mondial
Frégates et sous-marins ne naviguent plus seuls: face à l'évolution des menaces en mer, les marines misent sur des "flottes hybrides" associant navires de guerre et drones, au coeur d'Euronaval, le plus grand salon mondial de défense navale qui ouvre mardi en France, dans un marché en pleine expansion.
Avec plus de 700 exposants attendus pour cette 30e édition du salon biennal de Villepinte, au nord de Paris, Euronaval donnera une large place aux drones: une soixantaine d'entreprises spécialisées y sont attendues, contre 17 il y a deux ans.
"Le monde des drones est extrêmement innovant", souligne Pierre-Eric Pommellet, président de Naval Group qui fabrique sous-marins nucléaires et frégates.
"Dans le combat naval, il faut voir en premier et agir en premier", ajoute M. Pommellet, également président du Gican, groupement des industries navales françaises.
Cela suppose de multiplier les moyens de détection, des satellites aux drones et aux capteurs sous-marins, ainsi que de recourir davantage à l'intelligence artificielle pour exploiter plus rapidement les informations recueillies.
- Ennemi fantôme, menace asymétrique -
Pour les marines, la menace ne vient plus seulement des flottes de guerre adverses mais aussi d'acteurs plus difficiles à identifier, qu'il s'agisse de groupes armés, milices ou flottes fantômes.
Le détroit d'Ormuz en offre une illustration. Malgré la faiblesse relative de sa marine face aux grandes puissances occidentales, l'Iran reste en mesure de perturber le trafic maritime grâce à des drones, des missiles et des moyens de surveillance déployés depuis ses côtes, souligne Guillaume Merveilleux du Vignaux, commissaire général d'Euronaval.
"Il n'y a pas forcément besoin de déployer une flotte au large. On peut frapper depuis la terre avec des systèmes très sophistiqués".
"Ils utilisent des missiles balistiques, extrêmement difficiles à intercepter, mais aussi des drones" peu coûteux mais envoyés en masse, ajoute le commissaire.
"Les drones sont une démocratisation de la puissance de feu de précision sur terre, dans les airs et en mer", résume Vincent Tourret, chercheur au Centre des études de sécurité de l'Ifri.
- L'effet Ukraine -
La guerre en Ukraine a accéléré cette révolution. Depuis 2024, les drones de surface ukrainiens Magura ont envoyé par le fond plusieurs navires russes en mer Noire, démontrant qu'un engin relativement bon marché pouvait menacer des bâtiments valant des centaines de millions d'euros.
Les grandes marines s'en inspirent. Les Etats-Unis ont ainsi lancé un appel d'offres pour acquérir des drones de surface comparables à ceux utilisés par l'Ukraine afin de renforcer la défense de Taïwan face à la Chine, selon une étude publiée en amont du salon.
En juillet, trois drones de surface américains ont détruit un chantier naval iranien.
Les drones sous-marins progressent eux aussi rapidement. L'Ukraine déploie déjà le Marichka, capable de parcourir plusieurs centaines de kilomètres avec une charge explosive d'environ une tonne. Il a été utilisé notamment contre les piliers du pont de Crimée.
Ces engins sont appelés à jouer un rôle croissant dans les futures "flottes hybrides".
Une évolution qui accompagne la forte hausse des investissements dans le naval de défense.
Selon l'étude pré-Euronaval, le marché mondial de la construction navale militaire devrait atteindre 122 milliards de dollars, contre 82 milliards lors de la précédente période étudiée il y a deux ans.
Les programmes de sous-marins nucléaires d'attaque représentent à eux seuls plus de 27 milliards de dollars d'investissements, avec 17 unités lancées ou en construction sur la période 2024-2025, contre six auparavant. Les commandes de sous-marins conventionnels sont passées de 11 à 18 unités.
- Tensions autour d'Israël -
Euronaval se tiendra dans un contexte de tensions récurrentes entre Paris et Israël autour de la participation des industriels israéliens aux salons d'armement organisés en France depuis le début de la guerre à Gaza.
Après les polémiques ayant entouré le salon du Bourget en 2025 puis Eurosatory en 2026, les autorités françaises ont posé un "cadre très défini et restrictif".
Seuls des équipements "exclusivement dédiés à la défense antiaérienne, antimissile et antibalistique" pourront être présentés.
H.Gallo--IM