Il Messaggiere - Du ski au Cojop, Edgar Grospiron ou l'échec d'une reconversion trop acrobatique

Euronext
AEX -0.78% 1093.27
BEL20 -0.86% 5688.83
PX1 -0.49% 8116.76
ISEQ -0.13% 14381.68
OSEBX -0.64% 2107.54 kr
PSI20 0.11% 9455.72
ENTEC -0.41% 1416.23
BIOTK -1.03% 4668.26
N150 -0.52% 4262.07
Du ski au Cojop, Edgar Grospiron ou l'échec d'une reconversion trop acrobatique
Du ski au Cojop, Edgar Grospiron ou l'échec d'une reconversion trop acrobatique / Photo: Fabrice COFFRINI - AFP

Du ski au Cojop, Edgar Grospiron ou l'échec d'une reconversion trop acrobatique

La pente était trop raide: Edgar Grospiron, ancien champion de ski de bosses, n'a pas réussi à baliser la piste vers les JO-2030 et à rallier les parties prenantes autour de sa méthode, jusqu'à sa démission de la présidence du Comité d'organisation annoncée jeudi.

Taille du texte:

"Le propre des champions n'est pas de fuir la difficulté, mais de rêver à un monde plus grand quels que soient les efforts à fournir pour y parvenir". C'est avec ces mots que le patron du Comité d'organisation d'Alpes 2030 défendait en janvier son "cap", après les deux premières démissions de cadres qui allaient plonger l'instance dans une crise de gouvernance.

Un an et demi après son arrivée à la tête des prochains Jeux olympiques et paralympiques d'hiver, le Comité d'organisation a annoncé "sa décision de quitter la présidence".

Jouissant d'un indéniable capital sympathie auprès des Français, le fantasque champion olympique de ski de bosses à Albertville en 1992 s'était retrouvé embarqué dans le train des Alpes 2030 après le retrait fracassant de l'ex-biathlète Martin Fourcade.

- "Pas le choix numéro un" -

Quelques jours après sa nomination en février 2025, Edgar Grospiron indiquait dans un entretien à l'AFP "nourrir de grandes ambitions pour ce projet, mais ce ne sont pas des ambitions personnelles". Tout en se disant conscient du "défi" financier, environnemental et calendaire de ces Jeux obtenus au terme d'une candidature express.

Mais les luttes d'influences politiques, des divergences stratégiques ainsi que des tensions internes ont rapidement englué le fonctionnement de l'instance. La gestion managériale d'Edgar Grospiron et sa vision de la gouvernance sont aussi pointées du doigt par ses détracteurs, qui le décrivent comme "n'en faisant qu'à sa tête" et "n'écoutant rien".

Lors du dernier bureau exécutif avant la trêve estivale, il avait ainsi mis au vote deux nominations de directeurs que les parties prenantes des JO lui avaient pourtant demandé de reporter "pour se faire une meilleure opinion des candidats" en lice. "Il a quand même voulu passer en force, il y est retourné comme il fait d'habitude. Et il s'est fait taper sur les doigts", raconte à l'AFP une source proche du dossier.

Betrand Méheut, président démissionnaire en février du comité des rémunérations du Cojop - et ex-dirigeant de Canal+ et du PMU - avait estimé qu'Edgar Grospiron "se comporte comme s'il était président-directeur général, hors de tout contrôle, sans en avoir la compétence".

"Il y a eu une accumulation de facteurs: le premier, peut-être d'ailleurs celui qui gangrène tout dès le départ, c'est qu'il n'était pas le choix numéro un ni un choix de consensus, mais un choix de repli après le retrait de Fourcade", analyse un observateur du monde sportif.

"Il a voulu trop imposer son style, ses choix, là où il aurait dû prendre plus de hauteur et mieux appréhender son rôle de chef d'orchestre: en gérant la dimension institutionnelle, politique, relationnelle avec les parties prenantes, et en laissant davantage le directeur général faire tourner la boutique. On a le sentiment qu'il a cherché à mettre en place une structure qui lui permettait de conserver un peu la main sur cet aspect plus opérationnel des choses", estime cette source.

- "Un bon gars" -

Le skieur de La Clusaz, qui avait assuré dans les années 1990 le spectacle sur les pistes de ski acrobatique et les bosses, avait déjà tenté une reconversion professionnelle dans l'olympisme en tant que directeur général de la candidature d'Annecy pour les Jeux d'hiver de 2018... avant de démissionner, estimant ne pas avoir de moyens suffisants.

Edgar Grospiron, 57 ans, s'était également lancé dans le métier de conférencier.

"Il y a une différence entre être conférencier et puis être faiseur. Les sportifs ont des compétences, un leadership, mais ça ne suffit pas. Le fait d'être sportif de haut niveau n'est pas un totem de compétences pour gérer des trucs comme ça. C'est aussi ton intelligence relationnelle qui doit te permettre de trouver un modus operandi", résume un expert de l'écosystème sportif.

"Et aussi avoir un binôme robuste, être bien entouré, bien conseillé", ajoute-t-il, alors que les différends se sont avérés "insurmontables" avec le numéro deux Cyril Linette... qu'Edgar Grospiron avait pourtant lui-même choisi avant d'acter leur divorce en février.

"Il a fait ce qu'il a pu", modère un cadre d'une fédération de sports d'hiver. "J'ai beaucoup de respect pour lui, et toutes les catastrophes dans ce dossier ont été créées par le politique. J'ai toujours eu de bons rapports avec lui, à chaque fois que j'ai eu des soucis, des questions ou même des critiques, il m'a toujours répondu en direct. C'est un bon communicant, un bon gars, c'est pas un malsain", tient-il à mettre en avant.

D.Lombardi--IM